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 Contes et légendes des Hauts-Plateaux de Tiaret

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Myriam
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Date d'inscription : 13/06/2007

MessageSujet: Contes et légendes des Hauts-Plateaux de Tiaret   Dim 1 Juil - 12:20

Contes et légendes des Hauts-Plateaux de Tiaret

En passant de sa forme originelle qui laisse supposer des transformations parfois fantaisistes au cours de l’histoire à une forme écrite qui lui garantit la pérennité et la stabilité, ce patrimoine reste à vie une source d’investigation pour les futurs chercheurs en anthropologie,éthnologie ou sociolinguistique. Au-delà de toutes les transgressions subies, les textes sont là pour témoigner d’un vécu collectif au cours duquel la femme, un élément condamné au mépris ainsi qu’à la servitude et au plaisir, représente une monnaie d’échange, un membre essentiel mais non reconnu.

Cadre et conditions de vie des populations qui ont transmis ces contes et légendes

Le lieu de naissance de ces productions orales est la région de Tiaret, très exactement Tousnina. L’auteur du recueil rappelle que Tiaret, historiquement Tahart-Tagdemt, a été fondée par les Rostémides. Tout près, à Taoughazout, à quelques mètres du tombeau de Sidi Khaled, se trouvent les grottes où Ibn Khaldoun médita et rédigea sa célèbre Muqaddima en 1377, au cours d’un séjour de quatre ans.
Tiaret se situe au milieu d’une région agricole où prédomine une population attachée à la ruralité ainsi qu’à un patrimoine culturel et moral aux origines lointaines. Toutes les productions orales fixées par la mémoire avant d’être diversement transcrites ont fait l’objet d’une assez bonne traduction pour une ouverture vers d’autres peuples ou d’éventuelles études comparatives.

Tout ce qui est formules rituelles, expressions spécifiques au terroir ou à la littérature orale est gardé au point de laisser aux textes leur cachet authentique. On y retrouve également toutes les données humaines, géographiques, historiques de la région porteuse de nombreux vestiges.

Les Djeddars, tombeaux berbères des VIe et VIIe siècles, les Goubbas des Saints, la Khaïma des fellahs transhumants en sont quelques unes des preuves évidentes. L’univers socioculturel merveilleux mais de prime abord dur à supporter a connu une longue histoire et une littérature d’une diversité inimaginable. On a beaucoup inventé dans le fictif des situations destinées à tous les types de public dans un but pédagogique et didactique.

Quant aux légendes, elles sont généralement issues du milieu. Comme les contes et les poésies, elles véhiculent une langue populaire, des repères, coutumes, traditions et croyances qui forgent la personnalité.
Même si elles relèvent de l’imaginaire, les histoires rapportées sous la forme de contes, légendes ou chansons de geste, ces productions populaires - fruit d’un génie inventif - ont le mérite d’avoir animé les longues soirées d’hiver, meublé des vides culturels au cours de quelques péripéties éprouvantes, d’apporter la preuve que notre peuple a été aussi prolifique et original que les autres peuples dans le domaine de la littérature où tout est possible.

Le nomade, qui se complait dans sa tente, se voit parfois devenir sultan par une sorte de pouvoir magique. On le voit se pavaner dans ses palais au milieu de ses hommes et femmes de cour.

Mais ce corpus, représentatif d’un patrimoine ancestral, n’est qu’une partie au regard de la variété incommensurable des genres populaires comme les proverbes, poésies et fables n’ayant pas été traités comme tels. On peut dire qu’ils ont été effleurés, étant donné qu’un récit ici peut tenir lieu de tous les genres à la fois.

On est frappé aussi, en lisant, par les croyances superstitieuses qui ont façonné la mentalité traditionnelle. C’est le cas de l’interdiction de raconter un conte pendant le jour, sous peine de se voir diminuer ou de perdre quelque bien précieux. Il nous a été donné aussi d’entendre parler de punition sévère pour quiconque transgresse l’interdiction de raconter une histoire derrière un métier à tisser.

Un personnage de récit réel fictif, à l’image de son rôle dans la société
Même si dans la réalité son statut est infériorisant la femme a cependant un rôle déterminant pour l’avenir d’une famille.

Pour illustrer cette condition féminine précaire, on a choisi de parler d’abord de l’histoire d’Aïcha, fille du bûcheron. Mais on y a mis en scène la mère et sa fille incarnant chacune à sa manière un ensemble d’interdits et de symboles que nul n’a le droit de transgresser sous peine d’être mis à l’index au nom de la tradition.

La mère est à la fois soumise à la volonté de l’homme ainsi qu’à toutes les obligations et active sans relâche dans son quotidien. Elle a l’entière responsabilité dans l’entretien de la famille, l’alimentation et la sauvegarde des biens. Un adage populaire le dit d’ailleurs d’une manière convaincante : «Mieux vaut une femme protectrice qu’une paire de boeufs qui laboure. «Aïcha, fille du bûcheron «, à mi-chemin entre la légende et le conte, est une fille atypique par qui le malheur a frappé sa famille. Un jour, son père bûcheron coupait du bois quand tout à coup un être au pouvoir magique s’est présenté à lui. «Tiens ! lui dit ce dernier. Un moulin qui va désormais vous procurer - toi et les tiens - farine et semoule, mais à une condition : que vous gardiez le secret et que tu me donnes ta fille Aïcha en mariage.

Aussitôt, le bûcheron appliqua la consigne. Pendant longtemps, il n’eut plus besoin d’aller chercher du bois à vendre pour vivre. Chaque jour, en toute discrétion, sa femme obtenait ce qu’elle voulait du moulin magique. Tout le voisinage se posait des questions sur la vie de cette famille.

Pour connaître la vérité on eut recours à la fille Aïcha à qui on avait demandé pourquoi son père n’allait plus couper du bois pour les autres. Elle avait fini par avouer naïvement que la famille vivait de la magie d’un moulin qui lui fournissait au jour le jour toute la quantité nécessaire en farine et en semoule dont elle avait besoin.

Le secret divulgué, le serment fut rompu. Alors, plus de magie, donc plus de nourriture. Le bûcheron fut obligé de reprendre sa hache, comme par le passé. « Je te rendrai le pouvoir magique, mais tu me donne ta fille. Dès ce soir, je viendrai la prendre en me présentant chez toi en tenue de mendiant», dit l’homme au pouvoir surhumain au pauvre bûcheron, dès que celui-ci eût repris ses coups de hache.
On peut imaginer la suite, mais ce qui est dit suffit pour comprendre que l’élément féminin sert à assurer la survie d’une famille ou son bonheur, à condition qu’elle accepte de faire don d’une fille.

Celle-ci doit accepter de faire le bonheur de l’homme à qui on la donne et quel qu’il soit : jeune, vieux, diminué. Sous peine d’être répudiée, l’épouse doit de son côté, se donner pleinement aux tâches les plus ingrates pour satisfaire le mari.
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Myriam
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MessageSujet: Re: Contes et légendes des Hauts-Plateaux de Tiaret   Dim 1 Juil - 12:24

On peut imaginer la suite, mais ce qui est dit suffit pour comprendre que l’élément féminin sert à assurer la survie d’une famille ou son bonheur, à condition qu’elle accepte de faire don d’une fille. Celle-ci doit accepter de faire le bonheur de l’homme à qui on la donne et quel qu’il soit : jeune, vieux, diminué. Sous peine d’être répudiée, l’épouse doit de son côté, se donner pleinement aux tâches les plus ingrates pour satisfaire le mari.

Même la fille du roi peut être offerte en mariage à quiconque serait capable d’accomplir une tâche difficile.

Ce fut le cas d’une « fille astucieuse du paysan» qui avait surpris le roi. Ce dernier avait envoyé des crieurs publics pour annoncer qu’il nommerait vizir quiconque réussirait à venir au palais royal à pied et monté sur une bête, le corps à la fois nu et habillé ; ce que réussit, seul dans le royaume, un pauvre homme aux longues jambes entre lesquelles il faisait marcher un petit âne. Quant à son habit, sa fille - qui avait tout imaginé - lui cousut un costume avec un filet de pêcheur. Toutes les exigences furent satisfaites et il devint vizir. Mais au bout d’un certain temps, le roi s’aperçut que toutes les astuces dont le nouveau vizir faisait preuve au cours de l’exercice de ses fonctions étaient en net décalage avec son état d’esprit.

«Tu dois avoir quelqu’un derrière toi», lui dit le roi. Le vizir finit par lui avouer que tout venait de sa fille. A ce moment-là, le souverain la demanda en mariage. Ainsi, la fille astucieuse obtint une place privilégiée dans le harem du palais royal en devenant une femme du roi.

Un statut paradoxal dans une société arriérée

Nous sommes dans une société qui croit à toutes les superstitions et aux idées reçues, où la femme joue un rôle capital alors qu’elle vit anonymement quelquefois dans le mépris le plus total. Elle est répudiée si elle ne consent pas à quelque exigence ou à une moindre demande. Si le destin a voulu qu’elle soit d’un physique ou d’une intelligence dépassant les bornes, elle fait l’objet d’une «compétition» entre hommes. Elle risque même d’entrer dans un harem de roi, même si celui-ci est un croulant des plus repoussant.

En tant que personnage essentiel au déroulement d’un récit imaginaire, il arrive qu’on procède par effet de contraste pour une analyse psychologique de deux personnages féminins. Ceci a peut-être pour objectif une mise en garde sur la différence pouvant exister entre deux femmes. L’auteur de la mise en scène peut être féru de connaissances à transmettre aux novices.

Celui qui a inventé cette histoire de deux femmes diamétralement opposées par le caractère - l’une étant rusée à l’extrême et l’autre naïve comme le plus doux des animaux, poursuit un objectif précis.
On les voit à l’œuvre au cours d’un voyage qui devait les conduire à la Mecque. La rusée usa de tous les stratagèmes pour garder intactes toutes ses provisions en mangeant à loisir une bonne partie de celle de sa compagne qui finit par se retrouver sans rien à se mettre sous la dent. «Si tu veux que je te donne une part de mes victuailles, tu dois accepter de te crever un œil», lui dit la maline. A ces mots, la naïve accepta pour s’alimenter. Elle se retrouva borgne. Une deuxième fois, après qu’elles eurent marché longtemps, la naïve devait accepter de perdre l’autre œil pour avoir une autre part de nourriture. Elle se retrouva aveugle.

La rusée abandonna sa compagne. Cette dernière, ne pouvant continuer son chemin, grimpa sur l’arbre à l’ombre duquel elles avaient pris l’ultime repas. La nuit, il y eut une réunion d’animaux de la jungle présidée par le lion. En écoutant attentivement leurs débats, l’aveugle apprit que l’arbre sur lequel elle était nichée avait le pouvoir magique de faire recouvrer la vue et de faire jaillir l’eau. Au matin, elle retrouva sa vue et se désaltéra.

L’histoire continue… Elle est merveilleuse et donne à tirer beaucoup de leçons sur la mentalité des femmes.

Boumediene A
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Myriam
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MessageSujet: Re: Contes et légendes des Hauts-Plateaux de Tiaret   Dim 1 Juil - 12:58

]

Nora Arceval est née en 1953 sur les hauts plateaux algériens de Tiaret, plus précisément dans la tribu des Ouled Sidi Khaled à Tousmina là où les nomades transhumants rencontrent le temps d'une saison les sédentaires. Sa mère était arabe et son père "pied noir". Elle appartient à une dynastie secrète, en voie d'extinction, celle des conteurs traditionnels.

Elle collecte, traduit, raconte les récits qui lui viennent de la tradition, et qui lui ont été transmis oralement. Cette double appartenance lui ouvre des horizons où le Petit Poucet de Charles Perrault découvre son double algérien "Baïdro" et où la Blanche Neige de Grimm se révèle semblable à Fibule d'Argent sur son chameau.

Cet imaginaire local où un homme n'est jamais qu'un homme mais un ogre parfois, où derrière une peau d'âne se cache un être princier, où tout est en métamorphose constante, est florissant. Les contes sont pris, repris, les personnages aussi ; ils sont parsemés de mots arabes pour donner un peu plus d'authenticité.

Vivant depuis 24 ans en France où elle a présenté une maîtrise de lettres modernes sur les contes de sa terre natale, elle poursuit un travail de conteuse séduisant des heures durant un large public conquis par son verbe et son charisme. Le Matin d'Alger écrivait récemment que "derrière l'histoire si particulière et la quête acharnée de Nora Arceval, c'est l'avenir et la préservation d'un pan de notre culture, dans ce qu'elle a de plus ludique, mais néanmoins de plus profond, qui se pose quelque part entre Tiaret et Paris."

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