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 Le grain magique (conte Kabyle)

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kenza

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Féminin Nombre de messages : 552
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Date d'inscription : 05/05/2008

MessageSujet: Le grain magique (conte Kabyle)   Mar 6 Mai - 20:07

le grain magique

Il était une fois un homme qui avait sept fils. Un beau jour, son épouse devint enceinte pour la huitième fois. Les sept frères étaient réunis autour d'une source d'eau, occupés à se couper les cheveux l'un à l'autre, et c'est là qu'ils apprirent que leur mère était tombée enceinte. « Si notre mère donne le jour à un huitième frère, nous briserons nos pots contre nos fronts et nous quitterons notre pays pour un pays étranger. Mais si notre mère donne le jour à une fille, notre sœur, nous organiserons une grande fête ! » promirent-ils. Ayant appris la décision de ses fils, le père vint les trouver et les rassura : « Mes fils, je suis de votre avis ! ». Une vieille femme méchante qui passait par-là surprit discrètement la conversation entre les sept frères et leur père.

Quelques mois plus tard, la mère donna le jour à une fille. La vieille femme méchante fut la première à apprendre la nouvelle. Aussitôt, elle alla trouver les sept frères et leur annonça :
« Votre mère a mis au monde un garçon, votre huitième frère ! ». Déçus, les sept frères insistèrent : « Tu es sûre que ce n'est pas une fille ? » - « Puisque je vous dis que c'est un garçon ! répliqua la vieille. Je l'ai vu de mes propres yeux ! ». Convaincus, les sept frères montèrent leurs chevaux et quittèrent le village de leurs parents pour s'exiler dans un pays lointain. Une fois arrivés, ils achetèrent des champs et du bétail pour se refaire une existence.

Le temps passa. A l'âge de quatorze ans, la jeune soeur était devenue une belle adolescente. Elle s'était toujours crue fille unique. Un jour qu'elle jouait en toute innocence, le cœur léger ; la vieille femme vint à passer par-là. Elle observa la jeune fille si gracieuse et s'approcha pour lui lancer d'un ton méprisant : « Tu n'as pas honte d'être si joyeuse, toi qui as fait exiler tes sept frères ! » Choquée par cette affreuse calomnie, la jeune fille partit en pleurant. Elle se jeta dans les bras de sa mère, secouée de sanglots. « Mais qu'as-tu donc ? » s'enquit la mère. « Je viens d'apprendre que je ne suis pas fille unique, mais que j'ai sept frères ! dit-elle. Et toi, tu ne m'en as jamais parlé ! Où sont-ils donc, mes sept frères ? »

Alors, la mère se mît à raconter comment les sept frères, trompés par la malveillance, avaient quitté le pays pour aller vivre ailleurs. La jeune fille se décida : « Je vais partir à leur recherche et les convaincre de revenir vivre avec nous ! » Peu après, on s'occupa des préparatifs du voyage. La jeune fille se munit de provisions de route, sella une mule, ordonna à sa servante noire de l'accompagner et prit un grain magique qu'elle mit dans son giron.

Elle monta sa mule, prit congé de ses parents et se mit en route, suivie de sa fidèle servante noire.

Après plusieurs heures de marche, la jeune négresse était épuisée. Elle supplia la jeune fille, sa maîtresse, de la laisser monter sur la mule : « Laisse-moi monter sur la mule à ta place, je suis si lasse de marcher ! ». La cavalière éleva la voix pour lancer : « Père! Mère! La négresse veut prendre ma place sur la monture ! ». Le grain magique répondit : « Continue ainsi ! N'aie pas peur! ». Elle reprit son chemin sans plus s'occuper des lamentations de sa servante noire.

Vers le soir les deux jeunes filles arrivèrent au bord d'une source composée de deux bassins. Lorsqu'une femme à peau blanche se baignait dans l'un des bassins, elle était changée en négresse.
*En kabyle, ce conte est connu sous le nom de « aaqqa yessawalen », ce qui signifie : le grain qui appelle.
Et lorsqu'une femme à peau noire se baignait dans l'autre bassin, elle était changée en femme à peau blanche. La jeune fille mit pied à terre, posa le grain magique sur le bord du bassin et se baigna. Mais sans le savoir, elle avait choisi le bassin qui changeait la peau blanche en peau noire : elle devint donc toute noire. De son côté, la servante se baigna dans le bassin qui rendait blanche la peau noire : elle devint donc toute blanche. Afin de se reposer, toutes deux décidèrent de passer la nuit près de la source.

Le lendemain matin, la jeune fille, la soeur des sept exilés, métamorphosée en négresse après le bain fatidique, monta sa mule et poursuivit son voyage, suivie par la négresse. Dans la précipitation du départ, elle oublia le grain magique. Après plusieurs heures de marche, la négresse qui avait désormais la peau blanche supplia sa maîtresse à peau noire :Laisse-moi monter à ta place sur la mule. Je suis si fatiguée ! ». La jeune fille, juchée sur sa mule, éleva la voix pour appeler : « Ô, ma mère, Ô, mon père ! La négresse veut prendre ma place ! ». Elle perçut une faible voix qui disait : « Continue ainsi ! N'aie pas peur ! ». Elle reprit son chemin sans plus s'occuper des prières de la servante à peau blanche. Un peu plus loin, la négresse se remit à se plaindre de la fatigue. La jeune fille s'arrêta et appela son père à son secours. Mais comme le grain magique oublié au bord de la source était désormais très loin, la réponse tant espérée par la jeune fille était pratiquement inaudible. Croyant percevoir qu'on lui conseillait de céder sa place à la servante, elle descendit de la mule, s'effaçant devant la négresse à peau blanche. Les deux jeunes filles reprirent leur chemin, la négresse juchée sur la mule, la jeune fille à peau noire suivant à pied.

Vers le soir, elles arrivèrent enfin devant la maison des sept frères. La négresse à peau blanche descendit de sa monture et se présenta : « Je suis votre soeur. Je suis venue vous rendre visite ! Ma servante noire m'accompagne. Vous pouvez l'occuper à mener paître vos chameaux ! ». Les sept frères furent d'abord très surpris, puis ravis d'apprendre qu'ils avaient été trompés par la vieille femme méchante. Ils préparèrent un bon repas pour leur soeur et ordonnèrent à la jeune fille à peau sombre de s'installer dans l'étable.

Le lendemain matin, les sept frères donnèrent un morceau de pain noir rassis à la jeune fille et la chargèrent de mener paître leurs sept chameaux dans les champs. Parmi ces chameaux, il y en avait un qui était sourd. La jeune fille à peau sombre s'exécuta. Elle mena les bêtes au pâturage et, une fois sur place, elle grimpa sur un rocher, posa le morceau de pain à côté d'elle et se mit à chanter cette lancinante complainte :« Prends ce pain et élève-toi, ô, rocher ! Elève-toi, rocher, pour que m'apparaisse le pays de mes parents ! La négresse est devenue blanche et la jeune fille blanche est devenue noire, elle est devenue une misérable négresse réduite à garder les chameaux de ses propres frères ! »

Alors le rocher se mit à s'élever si haut que la jeune fille put bientôt distinguer dans le lointain le pays de ses parents. Après avoir écouté cette prière émouvante, les chameaux s'étaient mis à pleurer avec la jeune fille ; tout attristés, la gorge serrée, ils refusaient toute nourriture. Seul le septième, celui qui était sourd, ne levait pas le museau de l'herbe abondante et paissait tranquillement du matin au soir. Bien gras et bien nourri, il engraissait de jour en jour, tandis que les autres chameaux dépérissaient à vue d’œil.

Il en fut ainsi trente jours durant. Mais les sept frères finirent par apercevoir que quelque chose n'allait pas et se réunirent pour tenir conseil : "il se passe quelque chose ! Les chameaux deviennent de plus en plus maigres !" Le frère cadet prit la parole et déclara : « Demain, je suivrai notre bergère en cachette, je verrai bien ce que fait cette négresse avec nos chameaux !

Le lendemain matin, après avoir reçu son bout de pain quotidien, la jeune fille à peau noire fit sortir les chameaux et les conduisit aux champs pour les faire paître comme à l'accoutumée. Sans se faire voir, le frère cadet la suivit. Une fois arrive aux champs, il la vit poser le morceau de pain noir sur un rocher et s'installer pour chanter sa complainte. Il vit le rocher s'élever. Il vit les six chameaux cesser de brouter et pleurer avec la jeune bergère... A lors le jeune frère ne put se retenir. Il sortit de sa cachette et s'avança vers la jeune fille : " Dis-moi tout ! la pria-t-il. Es-tu notre soeur ; ou es-tu une négresse ? » La jeune fille retira son foulard et sa belle et longue chevelure soyeuse se répandit jusqu'au sol. « Les négresses ont-elles d'aussi beaux cheveux ? demanda-t-elle. Puis elle lui raconta comment sa peau et celle de la négresse avaient été échangées après le bain dans la source miraculeuse, et comment elle en était arrivée là. « Viens, accompagne-moi à la maison, je dois informer mes autres frères ! » décida le cadet.

Le frère cadet raconta à ses autres frères ce qu'il venait d'apprendre de la bouche de la fausse bergère à peau noire. Le lendemain, l'un des frères se rendit au marché voisin pour acheter un peigne, un miroir de poche et des fèves fraîches. De retour à la maison, lui et ses frères firent venir les deux jeunes filles, la négresse à peau blanche et la bergère à peau sombre, et leur présentèrent ce que le cadet avait rapporté du marché. La négresse à peau blanche délaissa le peigne et le miroir pour se jeter sur les fèves qu'elle dévora avec avidité. La jeune fille à peau noire prit le peigne, retira son foulard, laissant sa longue chevelure soyeuse se répandre sur ses épaules, et se mit à se coiffer soigneusement en s'admirant dans le miroir.

Les sept frères attendirent que la jeune fille à la peau claire eût fini de manger les fèves avant de lui dire : « C'est ton tour ! Peigne-toi les cheveux ! » Elle enleva son foulard et tous purent constater qu'elle avait bien des cheveux crépus et laineux, comme dressés vers le ciel. A cette vue, les sept frères surent que la jeune bergère avait dit la vérité et se dirent : « Nous allons retourner avec elles à la source aux deux bas sins où elles se sont baignées et où le grain magique a été oublié.

Accompagnés des deux jeunes filles, ils retournèrent à la source miraculeuse. Là, ils obligèrent la négresse à peau blanche à se baigner dans le bassin réservé aux femmes noires et la bergère à peau sombre dans celui réservé aux femmes blanches. Après le bain, chacune d'elle reprit sa couleur naturelle.

Alors, la jeune fille blanche, la soeur des sept frères, se précipita vers le bord du bassin, là où elle avait oublié le grain magique. Elle prit le grain et lança : « Ô, père! ô, mère! la négresse veut prendre ma place sur la monture ! " Aussitôt le grain magique répondit : « Va, n'aie pas peur ! continue ainsi ! » Les sept frères furent témoins de la scène. Tout joyeux, ils entourèrent la jeune fille et l'enlacèrent en s'écriant : « A présent, nous sommes sûrs que tu es bien notre soeur ! » Après quoi ils retournèrent à leur demeure, suivis par leur soeur et sa servante. Ils voulaient châtier la négresse usurpatrice et la tuer ; mais leur soeur s'y opposa : « N'en faites rien ! s'écria-t-elle. Si elle doit être punie, qu'elle le soit par d'autres ! » - « Dans ce cas, nous allons l'emmener dans la forêt. Nous l'attacherons à un arbre et nous l'abandonnerons à son sort. Il y a de grandes chances qu'elle se fasse dévorer vivante par les animaux sauvages! » décidèrent-ils. Ils mirent leur plan à exécution ils emmenèrent la négresse fautive dans la sombre forêt et l'attachèrent à un arbre. Elle devait passer ainsi une journée et une nuit.

Le lendemain, le frère cadet se leva très tôt et se rendit dans la forêt voisine pour voir ce qu'était devenue la négresse. Il ne put cacher sa surprise en découvrant la jeune fille toujours vivante et attachée à l'arbre, mais encerclée par une meute de lions féroces qui rugissaient de fureur. Apparemment, les lions ne lui faisaient aucun mal. Mais dès qu'ils virent le jeune homme, ils se jetèrent sur lui et l'emmenèrent dans leur tanière. Comme le jeune homme n'avait pas peur d'eux, ils ne lui firent aucun mal. Entre-temps, les six autres frères, inquiets de la disparition de leur frère cadet, avaient décidé de partir à sa recherche. Ils retrouvèrent l'endroit où ils avaient attaché la négresse et furent très étonnés de la trouver encore en vie. Elle leur indiqua le chemin qu'avait pris leur frère cadet, enlevé par les lions. Un peu plus tard, les six frères arrivèrent devant la tanière des fameux fauves. Ces derniers surgirent de tous les côtés et il eut un bref combat au cours duquel deux des six frères furent tués. En effet, les jeunes gens étaient courageux et ne voulaient pas s'enfuir. Quant aux quatre frères restants, les lions les enlevèrent et les emmenèrent au fond de leur demeure.

Ne voyant pas revenir ses frères, la jeune fille, inquiète, partit à son tour à leur recherche. Elle se rendit dans la forêt et trouva sa servante encore attachée à un arbre. Elle la délivra de ses liens. Enfin libre de ses mouvements, la servante noire renseigna sa maîtresse sur le sort de ses frères.

Puis, les deux jeunes filles revinrent à la maison des sept frères. Elles sacrifièrent un bœuf, le dépouillèrent, le dépecèrent et se mirent à empoisonner toute la viande. Puis elles la portèrent dans la forêt. Les lions sortirent de leurs tanières et se jetèrent sur le tas de viande fraîche pour la dévorer avec voracité. Bientôt, ils s'écroulèrent l'un après l'autre, morts foudroyés par les effets du poison. La jeune fille et sa servante noire firent sortir le frère cadet et les quatre frères survivants de l'antre des lions. Ensuite, les deux jeunes filles et les cinq frères sains et saufs rentrèrent chez eux.

Puis la soeur décida de rentrer chez ses parents en compagnie de ses frères, laissant la négresse seule. Après une longue marche, ils arrivèrent enfin au pays natal. Une fois tous réunis dans la maison parentale, toute la famille observa un deuil de deux ans à la mémoire des deux frères dévorés par les lions féroces
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maman

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Féminin Nombre de messages : 1865
Date d'inscription : 06/09/2007

MessageSujet: Re: Le grain magique (conte Kabyle)   Mar 6 Mai - 21:23

J'adore les histoires ( contes, légendes ect....).
Je vais l'imprimer et le lire demain matin au café hihihihihi
Merci Kenzaa.

Au plaisir
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